Ce qu'on regarde sur ces tableaux
Commencez par le plus simple : de quoi l'œuvre est faite. Huile sur toile, huile sur carton, gouache, aquarelle, dessin, ou reproduction imprimée. La lumière rasante tranche en quelques secondes — une peinture a du relief et des traces d'outil, une impression est plane et révèle à la loupe une trame régulière de points.
Regardez ensuite la signature, en caractères latins ou arabes, parfois suivie d'un lieu et d'une date. Puis le revers : inscriptions de lieu, étiquette, cachet, numéro, papier kraft ancien. Ne décollez rien et ne nettoyez rien.
Cherchez enfin les marques du voyage. Beaucoup de ces toiles sont revenues roulées : un pli horizontal, une ligne d'écaillage bien droite, un châssis visiblement plus récent que la peinture sont les traces de ce trajet. Ce ne sont pas des défauts rédhibitoires, mais ils changent l'état, donc l'estimation : signalez-les.
Rassemblez enfin ce qui accompagne l'œuvre : photographie ancienne du salon où elle était accrochée, courrier, facture, carton d'invitation. Sur ces dossiers, la provenance familiale compte autant que la toile.
Les noms qui comptent, et par quelle page commencer
Quatre familles couvrent l'essentiel de ce qui a été rapporté. La première est celle des orientalistes du XIXe et du début du XXe siècle, dont Eugène Delacroix (1798-1863) et Jean-Léon Gérôme (1824-1904) sont les références : c'est le sujet de la page sur le courant orientaliste.
La deuxième est celle des peintres venus travailler sur place. En Algérie, autour de la Villa Abd-el-Tif ouverte à Alger en 1907, avec Léon Cauvy (1874-1933) parmi les tout premiers pensionnaires : voir les tableaux peints en Algérie. Au Maroc, Jacques Majorelle (1886-1962), dont l'œuvre est liée à Marrakech : voir les tableaux peints au Maroc. En Tunisie, Alexandre Roubtzoff (1884-1949), qui y a fait toute sa carrière.
La troisième est celle des artistes maghrébins de la seconde moitié du XXe siècle, souvent passés par Paris : Mohammed Khadda (1930-1991), Ahmed Cherkaoui (1934-1967), Abdallah Benanteur (1931-2017), Choukri Mesli (1931-2017), Baya (1931-1998). Leurs œuvres sont souvent non figuratives et régulièrement prises pour de la décoration : voir les œuvres des peintres maghrébins de Paris.
La quatrième est la plus nombreuse, et c'est l'objet du paragraphe suivant.
Beaucoup de ces toiles sont des travaux d'amateur : le dire fait partie du service
Il faut l'écrire, parce que peu de sites l'écrivent : une grande part des tableaux rapportés d'Afrique du Nord sont des travaux d'amateur, sans valeur marchande. Peints par un membre de la famille, achetés à un peintre de rue, ou produits en série pour les visiteurs, ils ont une valeur de souvenir et pas de marché.
Ce n'est pas une mauvaise nouvelle qu'on vous cache : c'est la première chose que l'estimation vous dira, et l'entendre franchement vous fait gagner du temps. Un interlocuteur qui entretient le doute vous en fait perdre.
Les signes qui vont dans ce sens : une facture hésitante, un format standard du commerce, une toile préparée industriellement, un sujet répété à l'identique d'un tableau à l'autre, une signature illisible tracée au pinceau fin sur une peinture par ailleurs sommaire. Aucun de ces signes ne suffit isolément — c'est leur accumulation qui renseigne.
Et l'inverse arrive aussi : des toiles sans signature lisible, jugées sans intérêt par la famille, se rattachent à un peintre identifiable une fois le revers examiné. C'est parce qu'on ne peut pas trancher au mur qu'il vaut mieux envoyer les photos que décider seul.
Les erreurs fréquentes des héritiers
La première est de vider avant de regarder. Les débarras emportent chaque fois quelques objets de valeur réelle, souvent les plus discrets : c'est tout le sujet de la page sur le fait de vider une maison de famille.
La deuxième est de nettoyer, faire recadrer ou faire rentoiler « pour présenter mieux ». Sur le marché de l'ancien, une intervention récente et maladroite coûte plus qu'elle ne rapporte, et elle est irréversible.
La troisième est de tenir le récit familial pour établi. Il est précieux pour la provenance, mais il se déforme en trois générations : notez-le, transmettez-le, ne le présentez pas comme un fait.
La quatrième est de croire qu'il faut une démarche particulière parce que l'œuvre vient de l'autre côté de la Méditerranée. Le tableau est chez vous, en France : le faire estimer ne demande rien de plus que pour n'importe quel tableau.
La cinquième est d'attendre le règlement complet de la succession pour se renseigner. Faire estimer n'engage à rien et donne au contraire une base commune aux héritiers : voyez les œuvres dans une succession et notre guide sur l'estimation d'un tableau reçu en héritage.
Les photos à préparer, et dans quel ordre
La face entière d'abord, tableau à la verticale, à la lumière du jour, sans flash, cadrée bien droite. Puis la signature en gros plan, avec le lieu et la date s'ils y figurent.
Puis le revers en entier, châssis compris, et chaque inscription, étiquette ou cachet photographiés séparément et lisibles. Si le dos est fermé par un papier ancien, photographiez-le sans l'ouvrir.
Terminez par un détail de la matière en lumière rasante — la photo qui distingue une peinture d'une impression —, par les plis et les manques s'il y en a, et par les dimensions hors cadre en centimètres. Photographiez aussi les documents de famille qui accompagnent l'œuvre.
Ce qui se passe ensuite
Vous recevez une estimation indicative et argumentée sous 48 heures maximum après réception de votre dossier, gratuitement et sans engagement. Ce n'est pas une offre : sur photos, aucune offre ferme n'est possible.
Trois voies s'ouvrent ensuite. Le rachat : nous sommes marchands d'art, nous sommes votre acheteur, et notre offre ferme vient après examen de l'œuvre. La mise en vente accompagnée : nous vous représentons auprès d'acheteurs ou d'une maison de ventes, sans jamais être partie à la vente — vous êtes réglé directement, nos honoraires sont facturés à part et nous ne détenons jamais les fonds. L'orientation : si l'œuvre se vend mieux ailleurs, nous vous disons vers qui vous tourner, gratuitement.
Et si le tableau n'a pas de valeur marchande, nous vous le dirons aussi, clairement, sans rien vous proposer.